
L'évolution actuelle des activités médicales, intégrées au système de santé qu'impose la LAMal, implique une adaptation du travail du médecin. Celui-ci est plongé de force dans une dynamique concurrentielle. On peut le regretter ou non. Là n'est pas notre propos. Les médecins exerçant les activités soumises à la plus forte concurrence se retrouvent parmi les primary care, particulièrement les spécialistes en médecine interne et générale. Il n'est pas étonnant de voir ces médecins rechercher la meilleure rentabilité eu égard à leurs investissements (notamment informatiques voulus par Tarmed) et leurs charges de fonctionnement (secrétariat, locaux,..). Dans ce contexte, il n'est pas choquant de voir les médecins s'intéresser à des activités qui, tout en respectant totalement la qualité du service au patient, permettent tout à la fois d'offrir un service apprécié et de fournir un complément de rentabilité pour le cabinet, tout en permettant une économie sur les coûts globaux à charge des caisses-maladies.
Un médecin se doit d'organiser les soins au patient de manière adéquate et économique. Le système de délivrance des médicaments que propose Zur Rose respecte ce principe. A de nombreux niveaux de ses activités, le médecin peut être tenté d'augmenter le volume de ses prestations dans un but d'enrichissement (fréquence et nombre des rendez-vous, des analyses, des radiographies,..). Dès lorsqu'un cabinet dispose d'un laboratoire, on peut soupçonner le médecin de multiplier les analyses pour rentabiliser son investissement et augmenter son gain. Idem pour la radiologie. Faut-il pour autant supprimer ces outils? Qu'en est-il de la simple fixation du prochain rendez-vous. Faut-il soumettre celle-ci à la régulation d'une commission de déontologie? Dans les cantons pratiquant la propharmacie, n'en déplaise aux esprits chagrins qui sont prompts à imaginer que tout médecin est un escroc en puissance, le coût par cas des médicaments est inférieur à celui des cantons sans propharmacie.
Le médecin peut proposer à son patient de commander directement pour lui les médicaments nécessaires, lesquels lui seront livrés le lendemain par la poste. Le médecin prend directement la responsabilité de la commande, en connaissance du coût de ce qu'il prescrit. Il dispose d'une liste intégrée au logiciel de tous les génériques sur le marché afin de pouvoir opérer un choix économique. Le patient n'a plus la nécessité de se rendre physiquement à la pharmacie. Pour la surveillance des interactions, la pharmacie Zur Rose dispose de pharmaciens qui répondent de la sécurité de la prescription tout autant qu'un pharmacien d'officine. Elle dispose en outre d'outils informatiques de contrôle des interactions. Elle est donc parfaitement à même d'alerter le médecin.
A chaque commande de médicament, le médecin se voit rétribuer pour son activité (mise en forme de la commande via l'informatique). Cette rétribution se fait sous la forme d'un pourcentage sur le prix de vente. Pour répondre à la suspicion que le médecin pourrait être incité à commander le médicament le plus cher, le pourcentage est plafonné par médicament commandé (Fr. 5.-). Le coût final à charge du patient et de sa caisse-maladie est inférieur au prix habituel pratiqué en pharmacie d'officine (rabais sur le prix public, suppression de la taxe de pharmacien et de celle de prise en charge).
Le système de délivrance de médicaments que propose la pharmacie Zur Rose répond au vou d'une partie des citoyens de pouvoir obtenir leurs médicaments directement à domicile. Il apporte une alternative dans un ensemble de facilités qui sont en saine concurrence sur le marché que représente la pharmacie et est économique pour le patient et sa caisse maladie. Il apporte au médecin une possibilité de diversification de ses activités. Soupçonner systématiquement les médecins d'augmenter exagérément leurs activités dans un but de profit est redoutablement dangereux. Ce soupçon ouvrirait la porte aux contrôles sur l'ensemble de leurs activités, y compris les plus élémentaires, comme la fixation de la fréquence des rendez-vous. Il est de loin préférable de poursuivre la surveillance dont ils font déjà l'objet, à savoir l'analyse des coûts par cas. Cette surveillance est parfaitement à même de détecter l'exagération systématique des quelques médecins peu scrupuleux. La liberté individuelle des autres médecins, qui conservent une attitude éthique vis-à-vis de leurs patients et respectueuse des dispositions de la LAMal, restera préservée.
Dr C. Selleger
Source : Lettre de l'AMG, octobre 2004 / N° 9