
Question typique qui met en évidence deux types d'attitude face au changement. Il y a des gens qui agissent et d'autres qui réagissent. Ces derniers voient toujours s'accumuler des tas de problèmes quand une solution est proposée. Pour ma part, je considère cette évolution récente comme une chance. C'est vrai, la substitution générique n'est pas facile à appliquer correctement; il faut bien y réfléchir. Mais il faut développer cette nouvelle pratique systématiquement, elle est dans l'intérêt bien pensé des patients et de notre profession, car nous serons bientôt jugés sur notre aptitude à décider et à agir.
Le temps des grandes déclarations est à mon avis largement dépassé. Nos activités professionnelles seront maintenant les seules à constituer une communication crédible avec le public.
Je compte sur les capacités de réflexion à moyen terme de mes collègues. Il est exact que dans une analyse à cours terme, par exemple dans le cadre du projet des cercles de qualité pour la prescription des médicaments, les considérations économiques n'étaient pas très favorables au succès de l'entreprise. Mais qui donc, aujourd'hui, pourrait contester les aspects positifs de l'engagement conjoint des pharmaciens et des médecins pour optimiser la qualité et le coût des thérapies? Je suis certain qu'en pratique pharmaceutique, il s'agit d'INVESTIR maintenant dans de nouveaux services comme la substitution générique pour en tirer bénéfice plus tard. Ce serait une erreur de ne considérer que d'éventuelles "pertes" économiques immédiates. Notre place dans la santé publique de demain sera proportionnelle à la valeur ajoutée que fourniront nos actes professionnels.
Si le pharmacien alémanique ne reçoit pas d'ordonnances pour exercer ses capacités professionnelles, il est évident qu'il ne pourra guère faire usage de la substitution générique. Je crains personnellement que le partage du pouvoir que représente l'acte de substituer soit mal accepté par des médecins dispensant très attachés à leur position dominante. Il faut néanmoins rappeler que d'autres partenaires nous observent et sont près à nous soutenir dans cette action: le monde politique et les patients.
Je viens de dire que la substitution générique n'est pas une
tâche facile. Elle est en revanche un acte professionnel tout à
fait possible, à condition de le mettre en place de la façon la
plus adéquate.
Il s'agit d'abord, après l'analyse du poids économique des médicaments
qui possèdent un équivalent générique et après
l'évaluation des bioéquivalences, de fixer des règles de
substitution. Voir à ce propos la note de la revue Prescrire figurant
en encadré [[Kasten: Revue Prescrire 20, 209, pp 612]] qui permet de
réfléchir correctement à ce problème.
Il s'agit ensuite d'informer son personnel et d'introduire la substitution dans
la pratique de façon systématique et graduelle. Dans mon cas,
j'ai décidé d'introduire chaque semaine deux substitutions par
deux génériques, en expliquant chaque fois à mon personnel
la démarche et le pourquoi de mes choix.
En parallèle, j'ai pris contact avec les médecins prescripteurs
les plus importants de ma région afin de les informer à ce sujet.
Il s'agissait de leur faire comprendre que la substitution est proposée
et expliquée à leurs seuls patients aptes à recevoir ce
message, de ne le faire qu'avec ceux qui l'acceptent, de bien leur expliquer
la nature du médicament de substitution, de désigner à
l'aide d'une étiquette le médicament original dont il est le générique,
d'informer le patient qu'à la prochaine consultation, il doit emporter
son nouveau produit afin de participer à l'information de son médecin.
Pour assurer l'application complète de la loi, j'utilise le programme
GenRx d'OFAC qui me décharge de tous les démarches administratives
prévues.
Je suis persuadé que chacun d'entre nous doit prendre en charge la mise en place de ces nouveaux actes professionnels. Pour ma part, je n'y rencontre aucune difficulté.
Je ne vois pas ce que le fabricant de générique pourrait apporter dans ma relation personnelle avec mes patients. Il met à ma disposition un choix de produit. J'analyse son offre et je prends mes décisions. Car il s'agit en fait de recomposer partiellement le plan thérapeutique, donc d'offrir un véritable service professionnel aux patients et non simplement un produit.
Les médecins n'aiment pas, par principe, le partage du pouvoir. Leur
formation les prépare à assumer seuls de grandes responsabilités.
Une délégation de compétence est possible mais ne se fait
pas naturellement. Il s'agit donc de les convaincre de la qualité de
nos choix.
En ce qui me concerne, mes collègues médecins ont tous accepté
la démarche telle que proposée précédemment. Si
l'un deux manifestait un peu de réticence, je lui expliquait qu'il pouvait
prendre ses responsabilités et s'opposer à mon choix en refusant
toute substitution générique par un ordre écrit sur l'ordonnance.
Toutefois il devait se rendre compte qu'il était tout aussi concerné
que moi par l'évolution politique récente et qu'une attitude rigide
ne pouvait que susciter une substitution obligatoire qui ne servirait certainement
pas les intérêts de nos patients. Je rappelle à ce propos
que cette situation de substitution obligatoire existe déjà au
Danemark.
Le médecin reste libre de ses choix comme le pharmacien. Mais ni l'un ni l'autre ne doit ignorer qu'il s'agit maintenant, non de défendre un acquis ou un pouvoir, mais bien d'optimiser les thérapies et de choisir, dans le seul intérêt du patient, les médicaments les meilleurs, en termes de qualité et de prix.
Si les professionnels de la santé que nous sommes ne sont pas capables de mettre en uvre les responsabilités nouvelles que les politiques leur ont destinées, alors les modèles obligatoires qui existent déjà en Europe arriveront chez nous et il sera trop tard pour se lamenter.
J'ai récemment discuté de cela avec mes collègues danois
et vous rapporte leurs propos. Ils passent, disent-ils, à peu près
tout leur temps à discuter le prix des médicaments et le mode
de remboursement. Ils n'ont plus le temps de parler qualité et de vérifier
si le patient a bien compris sa maladie et son traitement.
Ce n'est que dans une liberté d'action bien comprise, à mon avis,
que nous pouvons développer notre rôle professionnel. Encore faut-il
apprécier cette liberté et se mettre à la tâche.
Il y va de l'avenir de toute une profession.
Je rappelle que nous ne sommes pas la seule profession à devoir adopter
des attitudes nouvelles face à des changements très rapides. Il
est vrai qu'en matière de formation et d'information, il faudrait toujours
demander plus à notre association professionnelle. Mais je tiens aussi
à rappeler que les diplômés universitaires que nous sommes
devraient se montrer aptes à acquérir en autodidactes ce qui nous
manque pour nous adapter à l'évolution.
S'il manque quelques connaissances professionnelles, elles sont accessibles
dans beaucoup de revues scientifiques ou professionnelles, sur Internet ou bien
auprès de collègues dont l'expérience est plus grande.
Il s'agit de les rechercher activement et de les transmettre ensuite à
son personnel sous une forme compréhensible pour eux, puis d'en faire
profiter nos patients-clients. Le dialogue avec le public est à la base
de nos activités. Je conçois difficilement qu'il puisse vraiment
être un problème dans le cas de la substitution générique.
Lors de la récolte de signatures pour soutenir l'initiative populaire
lancée en 1998, les pharmaciens ont démontré leur potentiel
d'action en obtenant un record d'adhésion du public en très peu
de temps. Ne venez pas me dire maintenant qu'ils ne savent convaincre leurs
patients dans la pratique de la substitution générique!
Il n'y a pas à convaincre, il y a seulement à expliquer un choix
thérapeutique qui sous-entend la responsabilité partagée
entre le médecin et le pharmacien. Devant l'évidence des faits
(rapport qualité/prix) et dans le cadre de la confiance qu'il nous accorde,
le patient accepte relativement facilement d'entrer en matière.
En fait, le nombre de refus dans ce domaine est une mesure objective de la qualité
de notre stratégie de mise en place de la substitution générique,
de notre capacité de communication et du degré de confiance dont
nous jouissons. Dans mon officine, nous avons commencé à substituer
en mai. Ma documentation indique 5 substitutions en mai, 59 en juin et 160 en
juillet. Nous sommes le 12 août et nous avons déjà effectueé
57 substitutions génériques ce mois-ci.
Un professeur australien (prof. Sansom) a dit en jour qu'il était persuadé
que les pharmaciens rendent des services éminents à la santé
publique de leur pays. Mais que l'affirmer sans pouvoir se baser sur des faits
précis n'était plus acceptable dans l'environnement politique
actuel.
Il est vrai que dans beaucoup de pays, des chaires de pharmacie pratique existent
dans les écoles de pharmacie depuis fort longtemps. Des recherches se
développent pour démontrer l'impact des activités des pharmaciens
d'officine sur la santé publique. Dans ce domaine, c'est encore, et je
le déplore, le désert dans notre pays.
Ce que je constate toutefois, c'est que les pharmaciens sont habitués
par leur formation à documenter leurs préparations magistrales.
C'est fort bien car il s'agit d'un acte professionnel de haute valeur ajoutée.
Cependant, tous mes coonfrères affirment - avec raison - que le nombre
de prescriptions de ce type n'est guère important.
Mais ils rendent aussi bien d'autres services sans les documenter, souvent sans
rétribution spécifique, donc des services non reconnus par le
monde politique.
Il ne faut pas attendre de probables futures recherches universitaires pour
commencer à rendre ces services publics. Il s'agit, avec les outils informatiques
dont nous disposons, de "noter" ce que nous faisons tous les jours
et qui représente la valeur de notre présence professionnelle.
Qui n'a jamais
Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle montre tout le travail à
faire pour documenter qualitativement et quantitativement tout ce que nous faisons
dans nos officines. Et il est évident qu'à côté de
tout cela, il s'agit de documenter les substitutions génériques
proposées et acceptées ou non par nos patients.
Je puis vous assurer que nos systèmes informatiques nous permettent de
faire se travail rapidement et simplement. Je compte bien m'investir pour faire
connaître ces méthodes de travail et obtenir des résultats
concrets dans un proche avenir.
La lecture du dernier numéro de Pharma.ch me démontre que l'industrie pharmaceutique a déjà intégré dans ses réflexions stratégiques le phénomène de la substitution générique. Elle prend acte de la décision politique, elle définit de nouvelles attitudes et agit en tenant compte de ce nouveau cadre. Mais surtout, elle ne pleure pas sur le passé. Alors, prenons-en de la graine!
De très peu de temps, car la pression médiatique joue déjà.
Si nous ne croyons pas en notre avenir dans ce système de santé - que trop de gens encore aimeraient transformer en marché de la santé -, qui le créera à notre place? Je n'ai personnellement aucun doute quant au potentiel non utilisé de nos pharmaciens et pharmaciennes à la condition que tous veuillent bien s'engager à le mettre à profit.
L'existence d'une officine est remise en question le jour où celui qui en est le responsable n'arrive plus à transformer en chances nouvelles les difficultés et adaptations qu'imposent toute évolution rapide de notre système de santé.
Michel Buchmann
Pharmacien
Oui, car l'introduction de la substitution générique sous-entend l'exercice d'une responsabilité plus grande que nous prenons sous l'autorité de notre patron. De plus, elle nous permet d'élargir nos connaissances car la discussion autour des notions de générique et d'équivalence est nourrie.
Toute l'équipe de notre pharmacie a été préparée par de multiples informations données par notre patron. Ceci a été fait et continue à se faire durant les temps morts, à l'officine, afin que tout le personnel soit continuellement sensibilisé et stimulé à mettre en place cette nouvelle démarche.
Vous m'étonnez avec une telle question, comme si le fait de devoir se renseigner puisse être considéré comme une contrainte! Je vous rappelle que dans le cadre des bonnes pratiques de l'accueil, les échanges au sein de l'équipe sont continus et la responsabilité finale de la délivrance d'un produit appartient au pharmacien. Il s'agit donc simplement d'une plus grande richesse de nos relations humaines et professionnelles.
Plutôt bien! La majorité d'entre eux l'accepte avec confiance, d'autant mieux que nous nous efforçons de bien l'expliquer et que le patron est toujours là pour nous appuyer. Nous avons décidé ensemble que dans le cadre de traitements de courte durée, nous ouvrons nous-même le dialogue avec le patient. S'il s'agit de malades chroniques avec des traitements compliqués, nous déléguons tout de suite la tâche aux pharmaciens.
A mesure que le temps passe, nous améliorons notre information concernant les produits génériques. Il est clair que le choix des produits que nous allons substituer est fait par notre patron. Ces choix sont ensuite discutés et inscrits dans l'ordinateur, si bien que chaque fois qu'un médicament original est prescrit et que son nom apparaît sur nos écrans, la proposition de substitution est visible dans une fenêtre qui s'y surajoute. Nous travaillons maintenant avec 23 produits génériques, d'autres possibilités seront introduites plus tard, lorsque nous en aurons discuté. Cette approche a l'avantage de permettre la discussion et la recherche de renseignements dans les différentes références dont nous disposons à la pharmacie.
Oui, car nous faisons l'effort de proposer des médicaments moins chers, tout en garantissant, grâce à l'engagement de notre patron, la qualité équivalente des produits de substitution. Les questions de nos clients nous démontrent leur intérêt et leur curiosité.
Oui, certainement. Toutefois, tout seuls, nous aurions de la peine à obtenir que les primes des caisses-maladie baissent de façon sensible. Il faudra que tous les professionnels de la santé s'y mettent, et sérieusement. Pour ma part, j'ai le sentiment que les pharmaciens participent pleinement à cet effort, qu'ils mettent du cur à l'ouvrage et travaillent aussi bien et peut-être encore mieux que nous !
Ah non! Depuis qu'on parle de génériques, je n'ai jamais vu autant de produits nouveaux apparaître sur le marché !
Pas du tout! Cela démontre simplement tout l'intérêt que
nous porte le public et les caisses-maladie. Ce qui me déçoit,
par contre, c'est la légèreté de l'information transmise
par les médias. Nous avons l'impression que les journalistes sont en
vacances et n'ont guère le temps de se renseigner correctement. Mais
est-ce réellement le but de leur travail ? Un journal, ça doit
se vendre et il n'y a que le scandale ou les morts qui intéressent le
grand public !
Cela nous apprend au moins à être critiques avec ce que nous lisons.
Interviews parus dans JSPh, septembre 2001