Pharmacieplus de la Tête Noire, Michel et Sophie Buchmann, pharmaciens

Pharmaciens d'officine, maîtrise des coûts et qualité : des paroles aux actes

Cercles de qualité médecins-pharmaciens, assistance pharmaceutique d'établissements médico-sociaux, substitution générique et certification professionnelle QMS-Pharmacie : autant de réalisations concrètes des pharmaciens d'officine qui démontrent leur engagement dans la maîtrise des coûts, la sécurité des patients et le développement continu de la qualité du système de soins suisse. Les résultats obtenus, et brièvement décrits ci-après, reflètent aussi un état d'esprit orienté vers la transparence et l'interdisciplinarité.

Cercles de qualité médecins-pharmaciens

Fr. 6'000.- d'économies par médecin annoncées en 1999, Fr. 10'000.- par médecin en 2000 et… Fr. 37'000.- par médecin1 en 2001 !!! La collaboration médecins-pharmaciens continue de démontrer ses fruits économiques et cliniques. Succès supplémentaire : une base de confiance et de travail constructif s'est instaurée avec les assureurs (actuellement CSS, Groupe Mutuel, Helsana et Visana).Un bémol pourtant : jusqu'à maintenant seuls les cercles de Fribourg (120 médecins et 30 pharmaciens) bénéficient d'un contrat formel avec les assureurs et voient leur travail dédommagé. Les cercles de Genève (50 médecins, 20 pharmaciens) et ceux de Winterthur (13 médecins, 13 pharmaciens) travaillent depuis 2000 selon la même méthodologie, mais sans aucune reconnaissance des assureurs. Il en est de même pour les cercles du canton d'Argovie (10 médecins, 20 pharmaciens) actifs depuis 2001. Au moment où des médecins et pharmaciens d'autres régions (Berne, Neuchâtel, Valais et Vaud) cherchent à démarrer de nouveaux cercles en 2002, il faut espérer que les assureurs acceptent de reprendre les mêmes termes de l'accord fribourgeois.

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Fr. 37'000.- d'économie par médecin pour le coût total des médicaments LS entre 1999 et 2000. Et plus intéressant encore : la possibilité de mieux comprendre les différences de coût par patient d'un médecin à l'autre. L'exemple ci-joint compare le coût annuel par patient et le nombre de patients traités par des anti-inflammatoires (AINS), pour chacun des 26 médecins de l'étude, pour le groupe des cercles et le groupe contrôle de médecins. Ce groupe de médicaments représente en 2000 environ 6% des coûts par médecin. Le graphique seul ne permet pas de conclure sur la qualité de chacun des médecins. Seule une analyse plus détaillée des prescriptions et une réévaluation des attitudes discutée entre médecins et pharmaciens permettront de poursuivre le processus qualité.

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Assistance pharmaceutique d'établissements médico-sociaux (EMS)

Un projet-pilote mené depuis 1994 dans des EMS fribourgeois a montré que le pharmacien pouvait efficacement2 animer un programme qualité sur l'usage des médicaments en collaboration avec les médecins, le personnel infirmier et administratif. Depuis cette date, les coûts médicaments par patient sont stabilisés et la satisfaction des divers intervenants est unanime. Un programme de formation postgraduée reconnu par la Société suisse des pharmaciens a permis, entre 1999 et 2001, de transmettre la méthodologie développée à environ 60 pharmaciens romands et 20 pharmaciens alémaniques. De plus, un projet de convention très novatrice, acceptée par l'Association fribourgeoise des institutions pour personnes âgées (AFIPA), la Société des pharmaciens du canton de Fribourg et Santésuisse Fribourg, est soumise à Santésuisse en ce début d'année 2002.

Ce projet de convention cherche des solutions pour contrôler l'évolution constante (environ 10% par année depuis 1998) des coûts des médicaments dans les EMS. En résumé, les propositions suivantes ont été présentées :

  1. Un forfait unique de Fr. 9.- par résidant et par jour accordé pour les médicaments et le petit matériel de soins aux conditions suivantes :
    1. Comptabilisation uniforme des médicaments et du matériel de soins pour tous les EMS
    2. Imputation des excédents de charges au bilan
    3. Versement de 60% des excédents de recettes dans un pot commun
  2. Un forfait supplémentaire de Fr. 1.- par résidant et par jour accordé pour l'assistance pharmaceutique aux EMS qui ont engagé un pharmacien-consultant, spécialement formé (certificat de formation complémentaire créé par la Société suisse des pharmaciens) et dont le cahier des charges, reconnu par la Direction de la santé publique et les assureurs, comprend l'analyse de la prescription et la rationalisation de l'usage des thérapies
  3. Chaque EMS déclare annuellement son résultat, documenté par un rapport d'assistance pharmaceutique :
    1. Définition et comparaison d'indicateurs uniformes
    2. En cas de déficit systématique et répété : analyse par la commission paritaire avec un expert indépendant désigné par la Société des Pharmaciens du canton de Fribourg
    3. Utilisation du pot commun pour compenser les déficits
  4. Le niveau du pot commun, documenté par les rapports d'assistance pharmaceutique, est un indicateur de l'adéquation du système aux besoins des EMS.

Substitution générique

L'octroi au pharmacien du droit de substitution générique (art. 52a LAMal) a déjà montré ses premiers effets bénéfiques, directs et indirects. Effets directs, puisque la substitution générique devient progressivement une activité courante en officine, même si une proportion non négligeable de patients refusent les substitutions proposées (voir graphique ci-joint). Mais aussi effets indirects puisque les médecins sont aiguillonnés et sensibilisés par la nouvelle compétence accordée aux pharmaciens, ce qui se traduite par une nette augmentation du marché global générique.

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QMS-Pharmacie

Depuis longtemps, il a été prioritaire pour les pharmacies suisses de garantir à la population un service pharmaceutique de qualité3 . Mais comme pour les autres aspects du système de santé publique et toutes les autres formes d'entreprises, il est demandé aujourd'hui d'attester de la plus-value des services que les pharmaciens fournissent.
Sur ces constatations, la Société suisse des pharmaciens (SSPh) a mis sur pieds un instrument original baptisé QMS-Pharmacie. Celui-ci doit favoriser le développement continu de la qualité en officine selon les règles modernes de gestion d'entreprise et les obligations de la LAMal (art. 58 LAMal, art. 77 et 135 OAMal). QMS-Pharmacie est un programme qui mesure qualitativement, quantitativement (banque de données QMS-Pharmacie) et comparativement (benchmarking) la qualité de tous les aspects (structures, procédures de travail, services pharmaceutiques, satisfaction des patients) importants lors de la remise des médicaments. Les pharmacies qui atteignent un haut niveau de qualité peuvent bénéficier d'un certificat international (selon la norme ISAS QMS-Pharma 2010 enregistrée par la SSPh).
Si plus de 230 pharmacies sont inscrites dans le programme QMS-Pharmacie, elles sont 32 (à la date du 9 février 2002) pour lesquelles il est possible de vérifier l'amélioration obtenue entre les audits 1 et 2, réalisés à 2 ans d'intervalle (voir graphique ci-joint).
Un projet de contrat qualité, reprenant le programme de base QMS-Pharmacie comme instrument d'application, a été proposé à Santésuisse en ce début d'année. En espérant une reconnaissance par les assureurs des investissements conséquents des pharmaciens dans l'amélioration de la qualité de leurs services à la population.

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La validation des ordonnances médicales est une expertise pharmaceutique qui peut, entre autres, permettre de détecter des risques, problèmes et erreurs avec les médicaments prescrits à un patient. Durant les audits QMS-Pharmacie, des contacts entre patients et équipes de pharmacie sont observés et évalués de manière systématique. Les résultats de 32 pharmacies ayant été auditées pour la deuxième fois à deux ans d'intervalle démontre une nette amélioration de la qualité. Lors de leur premier audit (227 patients observés), 9 pharmacies étaient en dessous du minimum défini pour cet indicateur de résultats alors que 4 pharmacies avaient dépassé le score idéal de 80%. Le deuxième audit (212 patients observés) montre une amélioration bienvenue puisque seulement 2 pharmacies demeuraient en dessous du minimum et 21 dépassaient 80%.

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Notes

1 Information autorisée par le Groupement Interprofessionnel du canton de Fribourg et sous réserve du rapport des réviseurs des caisses-maladies impliquées (prévu pour fin mars 2002).
2 Bugnon O. et Buchmann M (1998). Assistance pharmaceutique des homes médicalisés. Managed Care ; 3 : 13-17.
3 Journal suisse de pharmacie 19/98, p. 648-649.

Source : Dosis, mars 2002


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