
Ce numéro de Médecine et Hygiène est consacré à la pharmacie ou, plutôt, à la relation médecins-pharmaciens. On a coutume de dire qu’à l’hôpital le premier partenaire du médecin est l’infirmière et que, dans le système ambulatoire, ce premier partenaire est le pharmacien. Partenaire, c’est donc le mot-clé. Il est de bon ton de faire l’éloge du partenariat dans le système de santé. Mais derrière ce mot, il y a un concept certainement d’importance capitale pour affronter les défis auxquels vont être confrontés tous les systèmes de santé du XXIe siècle. Le lecteur de ce numéro va découvrir que, dans chaque article, les auteurs évoquent un partenariat qu’ils ont su créer entre différents groupes de professionnels et qui a engendré une amélioration de la qualité des soins, une diminution des coûts (sans faire appel à des mesures de rationnement) et une augmentation du plaisir au travail des professionnels concernés ! Médecins et pharmaciens se sont mis ensemble pour prévenir les erreurs de prescriptions, augmenter l’adhésion aux traitements de leurs patients, diminuer les coûts des thérapies de longue durée prescrites chez des malades aussi bien ambulatoires qu’institutionnalisés. La présence d’une officine dans une policlinique universitaire, lieu d’enseignement pré- et postgradué des futurs médecins internistes/généralistes, nous offre la chance de créer une «pédagogie du partenariat», un entraînement à l’échange entre professionnels de culture et formation différentes. Mais n’oublions pas d’adresser un grand coup de chapeau aux médecins et pharmaciens installés dans le canton de Fribourg et à ceux qui travaillent dans le même sens : ces dix dernières années, ils ont construit un réseau de proximité destiné a améliorer la prescription médicale, ils ont intégré les assureurs dans leur démarche et ils ont réussi à démontrer que ce partenariat avait généré de substantielles économies, sans «brader» la qualité des soins offerts aux patients. Pourquoi ériger le «partenariat» en un atout majeur pour affronter les défis qui nous attendent ? Nous devons imaginer de nouvelles solutions pour faire face au vieillissement de la population, à la limitation attendue de nos moyens financiers (par rapport à l’augmentation constante de la demande en soins), à la diminution probable du nombre de professionnels de la santé, à un niveau d’information et d’exigence de la population jamais atteint jusqu’à maintenant ? La coopération interprofessionnelle ne va pas à elle seule permettre de faire face à tous ces enjeux, mais les auteurs de ce numéro montrent des exemples réels où un début de solution a vu le jour. L’importance donnée à la collaboration entre professionnels de la santé devient de plus en plus grande dans les réflexions des nombreux stratèges et décideurs qui ont la responsabilité de prévoir l’évolution de nos politiques de santé. Dans ce contexte, il vaut la peine de mentionner une publication issue de l’«Institute of Medicine», c’est-à-dire l’organisme chargé de conseiller le gouvernement américain : «Crossing the quality chasm : a new health system for the 21st century» (National Academy Press, 2003). Ce rapport survient au moment où le modèle américain de «managed care» s’essouffle quelque peu ou démontre qu’il ne va pas pouvoir nous permettre de surmonter les difficultés attendues. De nouvelles pistes doivent donc être explorées. Pour les auteurs de ce rapport, l’obligation tant morale que civique de traquer tout gaspillage dans nos systèmes de santé passe, entre autres, par la place prépondérante qu’il faut donner à toutes les coopérations interprofessionnelles mises au service du patient. Cet appel au partenariat vient s’ajouter aux nouvelles exigences que seront la place accrue donnée au patient (empowerment), la transparence des systèmes de santé face au public et aux patients et l’utilisation plus systématique des nouvelles techniques de l’information. A plus petite échelle, les expériences décrites dansce numéro montrent que, dans notre pays, certains ont déjà réalisé un petit bout de ce chemin ; ce n’est donc pas une utopie ! Souhaitons que la recherche crée les connaissances qui nous permettront de progresser et que les autorités compétentes encouragent ces initiatives.
A. Pécoud et O. Bugnon
Source: Médecine et Hygiène, 20.10.2004
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