
"Que peut faire une profession qui se sent menacée par l'évolution de sa branche, par la diminution des médicaments fabriqués dans l'officine, par le sentiment de n'être qu'un maillon dans la chaîne avec l'industrie pharmaceutique, les médecins prescripteurs et toute une série d'agents qui sont décisionnels dans un domaine qui leur est cher, qu'ils ont étudié longtemps, pour lequel ils ont investi des forces? Que peut faire une profession qui se met à douter de son avenir, pour des raisons économiques et de rôle dans la société? Elle peut se résigner, elle peut accepter la dureté des temps et se dire que, si on réduit ses membres à un rôle de commerçants, autant qu'ils gagnent le plus d'argent possible. Ou bien elle peut rebondir en disant: "Ce que nous voulons, c'est jouer un rôle en faveur de la santé publique de ce pays, c'est retrouver vraiment une activité qui nous permette d'accompagner les patients, de les conseiller, de veiller à ce qu'il n'y ait pas surconsommation, d'enlever dans le système ce qui est purement incitation économique, afin de retrouver un rôle de partenaires le plus directement accessibles, puisqu'il suffit de pousser une porte, pour des personnes qui ont des questions à poser en termes de santé."
C'est ce qu'a fait la branche pharmaceutique, ce qu'ont fait les pharmaciens de notre pays. Ils se sont posé la question de leur rôle, ils se sont posé la question de leur formation et de leur formation permanente, ils ont cherché les voies pour réaffirmer leur rôle dans le système de santé publique.
Cette initiative est un des éléments dans cette démarche,
comme l'est par ailleurs la préparation d'un nouveau système de
rémunération qui devrait enlever aux pharmaciens les incitations
économiques à vendre le plus cher et le plus possible. Dans ce
sens-là, cette initiative fait partie de la volonté de définir
un cadre éthique à la profession de pharmacien et d'apporter une
contribution à la solution des problèmes de santé et de
surconsommation médicale dans ce pays. Alors, honneur aux initiants!
Je crois qu'ils ont bien fait leur travail, qu'ils ont utilisé aussi
cette initiative - et je le dis sans la moindre critique, au contraire avec
un éloge - pour faire avancer ces idées au niveau de la loi sur
les produits thérapeutiques.
Je ne dirais pas que tout ce qui est contenu dans l'initiative a été
réalisé par la loi sur les produits thérapeutiques, mais
l'essentiel l'a été, ce qui peut effectivement s'intégrer
dans notre système, dans cet équilibre qui a été
cherché entre la liberté économique, la responsabilité
sociale et médicale et la priorité qui doit être apportée
à la protection de la santé. C'est dans ce sens-là que
l'initiative a joué son rôle. (...)
Cette initiative a eu le mérite de poser les bons problèmes et de mettre en évidence une profession qui a retrouvé la fierté de son identité, le rôle qu'elle peut jouer dans la société et sa volonté de ne pas suivre des indications purement économiques, mais au contraire de jouer un rôle en tant qu'agent de santé. Et cette volonté-là, nous savons gré aux pharmaciens de l'avoir manifestée. "