
Tous ces experts appellent les Etats et les acteurs de santé à réinventer rapidement les structures et les relations de travail. Les axes stratégiques prioritaires définis sont les suivants :
Cette révolution, pour avoir une chance de se faire, doit toucher la formation des acteurs de santé, le cadre législatif et les incitations socio-économiques propices au changement. Un tel changement s’accommode pourtant mal des blocages politiques actuels. Les transferts de charges (p.ex. entre assurances sociales et privées, entre milieu hospitalier et ambulatoire), l’absence de ligne de conduite nationale, la publicité (explicite ou subliminale) excitant la tendance consumériste de la population, la concurrence inégale entre la santé publique et la libéralisation commerciale ne laissent que peu de chances aux projets novateurs qui souhaitent s’inspirer des recommandations prônées en début d’éditorial.
Pourtant des pionniers refusent de baisser les bras et osent rêver à une voie responsable entre le tout social et le tout commercial. Une voie qui défend des priorités de santé publique comme un investissement pour un développement durable de la société. Les articles publiés dans cette édition du journal "Managed Care" démontrent que des résultats positifs concrets et persistants peuvent venir du terrain, de réseaux locaux de professionnels qui n’ont pas peur du partenariat, du dialogue et du partage des compétences. Le vent souffle principalement de Romandie dans ce domaine car les acteurs de santé n’ont pas de conflits d’intérêts lorsqu’ils collaborent. Ce partenariat facilite le travail quotidien, amène des résultats thérapeutiques et économiques positifs et apporte donc de grandes satisfactions professionnelles et humaines. Ensemble, ces acteurs de santé montrent que leur force de proposition est un contre-pouvoir constructif.
La coopération interprofessionnelle ne va pas à elle seule permettre de faire face à tous les enjeux, mais elle est un préalable indispensable pour répondre aux autres exigences que sont la définition de priorités de santé globale, la place accrue à donner aux patients (empowerment), la transparence des résultats et l’utilisation plus systématique des nouvelles techniques de l’information.
Mais ces exemples ne sont-ils pas le fait d’idéalistes qui s’essouffleront bien vite face à l’usure du temps, à l’inertie démotivante des habitudes et des conflits d’intérêts? Souhaitons qu’ils rencontrent le soutien nécessaire pour que ce scénario catastrophe n’arrive pas. Car ces professionnels ont compris qu’il n’y a pas de dû social pour les professions médicales; ils ont décidé d’agir plutôt que d’attendre et de subir. Ils montrent à la population que des professionnels de santé, plutôt que de défendre leurs positions, cherchent ensemble une nouvelle base sur laquelle il est plus facile de construire l’avenir.
1. Crossing the Quality Chasm : a new health system for the 21st century. Institute of Medicine (March 2001)
2. Preparing a health care workforce for the 21st century – The challenge of chronic conditions. WHO (2005).
Source : Revue Managed Care, avril 2006
Auteur : Dr Olivier Bugnon, pharmacien chef et responsable Qualité, PMU de Lausanne, chargé d’enseignement à l’École de pharmacie Genève Lausanne, Université de Genève