Pharmacieplus de la Tête Noire, Michel et Sophie Buchmann, pharmaciens

Pollen et allergies

Le pollen : un nom qui fait réagir de façon bien différente le botaniste ou... l'allergique. Car si le premier manifeste pour ces grains minuscules un intérêt justifié, le second y voit surtout une menace saisonnière liée à la venue des beaux jours.

Le pollen est le sperme des plantes. Formé dans les sacs (anthères) des étamines de la fleur, il a pour mission d'aller féconder l'ovule d'une autre fleur de la même espèce afin de donner une graine et de reproduire ainsi la plante. Tout se passe à une échelle microscopique puisque la taille d'un grain de pollen est de l'ordre du dixième de millimètre, ce qui n'est pas bien gros.

Mais comment le pollen peut-il se transporter de fleur en fleur ? Il a pour ce faire deux moyens, les animaux ou le vent. Les belles fleurs colorées qui font les délices des humains servent avant tout à attirer les insectes pollinisateurs. Mais de nombreuses plantes préfèrent utiliser le vent. Ces plantes, dites "anémophiles", n'ont en général que de minuscules fleurs verdâtres, souvent invisibles aux yeux du profane. Il s'agit en particulier des Graminées (les "herbes"), des Urticacées (les orties et la pariétaire), de certaines Composées (le pissenlit en est une), des plantains, de l'oseille et de nombreux arbres comme le chêne, le frêne, le pin ou le bouleau. Tiens, tiens, les oreilles des allergiques viennent de se dresser. Car ces noms se retrouvent chaque semaine d'avril à octobre sur les cartes des pollens bien connues des allergologues et de leurs patients.

C'est que le vent est un transporteur de pollen beaucoup moins précis, moins efficace que les insectes. Pour compenser le gaspillage qu'il occasionne, la plante doit donc produire d'énormes quantités de pollen qui s'en vont flotter dans l'atmosphère. Une étamine de fleur d'oseille libère par exemple environ 30'000 grains de pollen, et au cours de sa vie, une cinquantaine d'années, un pin peut en produire près de 350 milliards.

Ces pollens sont transportés par les vents à très haute altitude, souvent jusqu'à des centaines de kilomètres de leur lieu d'émission, et retombent sous forme de pluies polliniques qui viennent irriter le nez et les yeux des allergiques. Donc aux désagréments des pollens locaux peuvent venir s'ajouter ceux des pollens transportés de loin.

Dans l'esprit de beaucoup, ce qu'évoque avant tout le pollen, c'est l'allergie. Il s'agit d'une réaction excessive de l'organisme à une "agression" externe, qui se manifeste par un ensemble de symptômes de gravité et de localisation variables. Toutes les parties du corps peuvent être atteintes et les manifestations vont d'un simple eczéma à la crise d'asthme qui peut mettre la vie en danger.

Il faut savoir que l'intensité d'une allergie n'est jamais due à 100 % au facteur allergique : une agression particulière de l'environnement (pollution par exemple) ou un choc psychologique peuvent favoriser le déclenchement de la crise ou en aggraver les manifestations.

Les pollens transportés par le vent contiennent certaines protéines qui agissent comme de puissants allergènes et peuvent sensibiliser les quelques 20 % de la population héréditairement prédisposés... Il semble qu'un minimum de deux saisons soit nécessaire à la sensibilisation de l'organisme. L'allergie pollinique apparaît le plus souvent entre huit et vingt ans, mais continue à se manifester ensuite pendant des années, puis s'atténue généralement après la soixantaine.

Les manifestations de l'allergie pollinique sont variées. Rhinites et conjonctivites sont dues à des pollens arrivant respectivement dans le nez ou dans les yeux, où ils entraînent directement la réaction allergique dans la minute qui suit le contact du pollen avec la muqueuse. Pour l'asthme, les mécanismes sont moins bien connus. Les grains de pollen sont trop gros pour pouvoir pénétrer en quantité à l'intérieur du système respiratoire et l'on pense que pourraient intervenir des voies réflexes particulières entre le nez et les bronches. L'asthme se manifeste souvent lorsque l'atmosphère contient une quantité très élevée de grains de pollen.

La présence de pollen dans l'air, et donc le risque d'allergie, est évidemment fonction de la floraison des plantes qui le produisent. Au cours de l'année, on distingue trois périodes, variables suivant les lieux et les conditions climatiques de l'année considérée. La pré-saison, printanière, est due aux pollens d'arbres. La grande saison pollinique s'étale en moyenne de la mi-mai à la mi-juillet. Elle est due principalement aux Graminées sauvages et cultivées (céréales), mais d'autres plantes y concourent, telles l'ortie, la pariétaire, l'oseille ou la mercuriale. Le pic pollinique se situe généralement aux environs de la première quinzaine de juin.

L'arrière-saison, d'août à septembre, est liée surtout aux pollens de Composées, en particulier d'armoise et d'ambroisie. Cette dernière, introduite d'Amérique du Nord (où elle est tenue pour l'une des plantes les plus allergisantes) en Europe à la fin de la dernière guerre par les troupes américaines, se répand rapidement. En montagne, la saison des Graminées est décalée d'un mois environ par rapport à la plaine. Ceci est très important à savoir pour passer de bonnes vacances : il vaut mieux partir à la montagne avant la saison des Graminées, ce qui permet du même coup de l'éviter en plaine, que d'y aller plus tard et de devoir subir à deux reprises la saison pollinique !

Les conditions climatiques ont également leur importance: la pluie précipite les pollens au sol, réduisant ainsi les manifestations allergiques, mais elle favorise aussi la croissance des plantes, augmentant ainsi la quantité de pollen.

Si le citadin n'est pas à l'abri de tout risque en ville, il est évidemment davantage exposé pendant ses vacances à la campagne. Alors que faire ? Evitez le contact direct avec les plantes allergisantes, les Graminées en particulier - pas d'ébats dans les blés ou de pique-niques dans les prés... Roulez les vitres fermées et restez si possible chez vous en fin d'après-midi et en soirée car c'est à ce moment que le pollen est le plus abondant dans l'air. Choisissez les régions où la quantité de pollen est la moindre, en particulier le bord de mer.

 

François Couplan
Article paru dans TERRE & NATURE du jeudi 13 juillet 2000


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