Pharmacieplus de la Tête Noire, Michel et Sophie Buchmann, pharmaciens

Indépendance

La greffe idéale est celle que l'organisme accepte comme partie de lui-même et intègre dans son unité d'être vivant. Sous cet angle, l'industrie pharmaceutique tient aujourd'hui la place d'une greffe idéale au sein du corps médical.

L'industrie peut tout. On attend tout d'elle. Elle est toujours là, exquise et prévenante, bonasse et attentive, devançant les moindres désirs : un "amélioré" de salle de garde, l'ordinateur ou la photocopieuse du service, le voyage aux États-Unis du patron et de l'assistant, les "sous-colles" préparant au concours d'internat, l'arrosage de la thèse, le cocktail du tournoi de bridge, la collation de fin de réunion de formation continue, l'information thérapeutique, la logistique du réseau informatique, la formation des cadres de la profession, etc., etc.

Recherche clinique, bibliographies. Publications, congrès, formation continue, équipements, loisirs, gadgets.... mille mercis Madame industrie.

Mais il y a un "hic", et de taille.

Cette symbiose constamment entretenue fait perdre aux médecins leur esprit critique et leur fait oublier leur vrai rôle social. Elle leur ôte de l'idée leur vraie valeur marchande et humaine : le service rendu aux patients, et non le volume prescrit.

Si la revue Prescrire a choisi la voie de l'indépendance totale vis-à-vis de l'industrie, et plus généralement vis-à-vis d'autres "sponsors" ou "partenaires" institutionnels, ce n'est ni par goût pervers de la difficulté, ni au nom de quelque doctrine publiphobe, ni par sectarisme obsessionnel, mais par nécessité de clarté et respect des malades.

L'indépendance des médecins, des pharmaciens et plus généralement de tous les professionnels de santé est une condition sine qua non de la qualité des soins et de la confiance durable des patients.

Cette exigence se prépare à l'Université et dans les structures de soins formatrices, où l'étudiant doit apprendre les fondements de l'éthique professionnelle.

Ce besoin de rigueur et de liberté se confirme ensuite durant toute la carrière, au cours de laquelle les professionnels doivent préserver leur seul vrai capital : leur autonomie de pensée et d'action dans les soins, dans la formation et dans la recherche.

Prétendre, par exemple. qu'un support de formation financé à 80 % par deux industriels ou plus puisse garantir sur le long cours l'indépendance et la qualité du résultat est une ineptie ; ou plutôt le signe certain de la greffe réussie et de la difficulté de s'en débarrasser.

D'autres voies sont possibles : les 20 000 abonnés de la revue Prescrire en montrent l'exemple.

 

Editorial extrait du numéro 182 de La Revue Prescrire (Mars 1998)

Pharmacieplus de la Tête Noire
Grand-rue 14 · 1680 Romont · Suisse
Tél. +41 26 651 92 92 · Fax +41 26 651 92 99
www.tetenoire.ch · info@tetenoire.ch