
Le fait que l'homéopathie ne guérisse qu'en s'appuyant sur les réactions de l'organisme malade implique que celui-ci est conservé des possibilités réactionnelles importantes. Il est des cas où notre méthode est dépassée, c'est évident. On ne soigne pas des pathologies lourdes comme la tuberculose, la syphilis ou le sida par l'homéopathie. Nous avons pour les deux premières affections des antibiotiques modernes appropriés. On ne soigne pas non plus un cancer par l'homéopathie. Nous devons mettre en oeuvre les moyens classiques avec l'aide du spécialiste. Du grand drame vasculaire, un infarctus, une hypertension sévère, des arythmies majeures requièrent des thérapeutiques actuelles précises. Un diabète insulino-prive, un Basedow et un myxoedème appellent une hormonothérapie. Nous faisons opérer nos modules froids thyroïdiens comme tout le monde, et aussi une appendicite, un gros fibrome hémorragique. Nous ne rejetons pas les vaccins. Il serait criminel de ne pas immuniser nos enfants contre la poliomyélite et le tétanos. Il y a des obligations légales à respecter impérativement. Nous soulevons toutefois des réserves quant à la multiplication des vaccins. Mais c'est affaire de dialogue serein et sérieux avec les immunologistes compétents pour savoir où finit la nécessité et où commence l'abus. Nous avons d'ailleurs le moyen de pallier certains inconvénients de ces vaccinations et la prescription de Thuya ou de Silicea rendra service à nos patients.
Le rôle d'un médecin moderne est d'abord de guérir son malade dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible. Pour cela nous devons user de toutes les armes possibles. Un jeune médecin débutant dans notre pratique ne doit jamais hésiter à mettre en oeuvre la thérapie classique toutes les fois que la gravité du cas l'exige. L'intérêt du malade prime toujours. La médecine est une. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi, dans une affection grave, un médecin homéopathe même expérimenté se priverait du recours à un remède classique et efficace. Il ne faut surtout pas surévaluer capacités personnelles et possibilités du remède homéopathique. Jupiter rend fou celui qu'il veut perdre. Nous avons d'autant moins de raison de refuser la méthode classique dans ces cas précis, que nous pouvons très bien lui associer l'homéopathie selon des modalités déterminées. Une antibiothérapie nécessaire surchargera ainsi un foie, un colon, un rein qui répondront aux remèdes homéopathiques de drainage. Les chimiothérapies anticancéreuses sont dures à supporter. L'homéopathie peut aider ces patients en combattant leur fatigue, leurs nausées, leur désespoir. Dans certaine affections aiguës, l'allopathie sera utilisée de manière ponctuelle. Le drame passé, l'homéopathie retrouvera sa place.
La médecine est une. Homéopathie et allopathie peuvent parfaitement être complémentaires.
Max TETAU
Dr en médecine, pharmacien
"Théorie et pratique de l'homéopathie moderne", Ed. Maloine, Paris 1987